Avec près de 700 km², occupant environ 80 % de son littoral, les mangroves guyanaises représentent 68 % des mangroves ultramarines françaises. À l'échelle nationale, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie abritent les plus grandes superficies, avec respectivement près de 70 000 ha et 25 000 ha, soit environ 93 % des mangroves françaises.
Mais ce qui rend la mangrove guyanaise véritablement singulière dans le monde, c'est sa nature mobile. La morphologie du littoral guyanais est directement liée à l'influence du fleuve Amazone par ses apports en sédiments, eau douce et éléments dissous. Chaque année, 280 millions de mètres cubes de sédiments de l'Amazone sont poussés jusqu'en Guyane par le courant océanique, et s'accumulent pour former des bancs de vase de plusieurs kilomètres de long et de large. La mangrove côtière pousse en quelques mois lorsqu'un banc de vase arrive et se fixe, puis disparaît en quelques semaines lorsque le banc continue sa route, poussé par le courant équatorial engendré par les vents alizés.
Plusieurs types de mangroves peuvent être identifiés en Guyane. La mangrove côtière, dont l'importance et la localisation varient au cours des années, est une forêt mobile : pionnière lors de la colonisation de vasières, elle évolue et se déplace en fonction des bancs de vase. Les palétuviers blancs (Avicennia germinans), caractéristiques de ce milieu, sont pourvus de pneumatophores (racines qui sortent de terre) qui favorisent la respiration et permettent un meilleur ancrage. Plus en retrait, le long des fleuves, on observe la mangrove d'estuaire essentiellement formée de palétuviers rouges (Rhizophora racemosa) reconnaissables à leurs longues racines-échasses. Dans les estuaires se situent les mangroves les plus anciennes et les plus hautes, pouvant culminer à plus de 30 m de hauteur.
Zones de frayère et de nurserie pour les larves de crustacés et de poissons, elles constituent un grand réservoir de biodiversité, avec pas moins de 100 espèces de poissons et 34 espèces de crustacés décapodes recensées. Cet écosystème instable et à durée de vie courte se caractérise paradoxalement par une productivité élevée et une forte biomasse sur pied (jusqu'à 350 t/ha).
L'état de santé des mangroves est jugé bon en Guyane, notamment grâce à leur dynamique naturelle particulière qui les rend moins vulnérables aux pressions humaines que dans d'autres régions du monde. Leur caractère préservé fait des mangroves de Guyane un chantier tout à fait pertinent pour étudier la réponse naturelle de l'écosystème mangrove au changement climatique.
C'est dans ce contexte que la Guyane est intégrée à la plateforme MangMap offrant un outil de suivi satellitaire à long terme pour mieux comprendre et préserver ces forêts côtières hors du commun.
Sources :
- DGTM Guyane – Les mangroves
- Comité Eau et Biodiversité de Guyane – Les mangroves
- Géoconfluences (ENS Lyon) – Bancs de vase, mangroves et plages en mouvement le long du littoral de Guyane
- LEMAR / IUEM – Chantier Guyane
- Thèse : https://theses.hal.science/tel-05604552v1
- Thèse : https://hal.science/tel-04871299